Rencontre avec Stéphane Mooser

Enseignant de cor

Vous avez été élève au Conservatoire de Lausanne avant d’y enseigner aujourd’hui. Quels souvenirs gardez-vous de vos années d’études, et qu’est-ce que cette maison vous a transmis ?

J’ai eu la chance, durant mes études de pouvoir rencontrer des personnalités inspirantes, parmi lesquelles mes professeurs, bien sûr, Olivier Alvarez, Hervé Klopfenstein, Antonio Politano et Pierre-Stéphane Meugé, mais aussi Ton Koopman et Sergio Azzolini lors de masterclasses. Les projets d’orchestre, notamment les 4e et 5e Symphonies de Gustav Mahler, ont été particulièrement formatrices et mémorables.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de choisir le cor comme instrument, et qu’est-ce qui vous plaît encore dans cet instrument après toutes ces années ?

C’est d’abord cette forme particulière et mystérieuse qui m’a intrigué. Puis, c’est cette sonorité majestueuse, qui a tellement inspiré les compositeurs de musique de film. Aujourd’hui, je suis toujours fasciné par l’étendue du répertoire auquel nous avons accès, que ce soit en orchestre ou en petite formation, avec les vents, les cordes ou la voix. Le cor est un partenaire exigeant, qui demande beaucoup de discipline, mais la récompense est à la hauteur de l’effort investi.

Votre parcours vous a menée dans de nombreux orchestres en Suisse et à l’étranger. Quelle rencontre ou quelle expérience vous a particulièrement marqué ?

Une tournée, notamment, a été particulièrement marquante, lorsque j’ai pu participer à un projet avec l’Australian Chamber Orchestra, avec des concerts à Melbourne, Brisbane, Perth, et à l’Opéra de Sydney. Sillonner la planète pour découvrir ce pays et ses musiciens chaleureux a été fascinant. Plus récemment, j’ai pris part à plusieurs projets du Geneva Camerata, durant lesquels nous avons interprété des œuvres du répertoire symphonique sans partition, avec mise en espace et de la danse. Ces expériences, leur difficulté et leur exigence, m’ont beaucoup appris sur notre capacité à repousser nos limites.

Vous pratiquez aussi bien les instruments modernes que les instruments historiques. Que vous apporte ce dialogue entre passé et présent ?

On dit souvent que le cor est un instrument divin, puisque seul Dieu sait ce qui va en sortir… C’est encore plus vrai avec le cor historique ! Blague à part, au-delà de la difficulté du cor naturel, bien connue, celui-ci exige une grande souplesse et une précision dans le jeu, ce qui est très bénéfique pour le cor moderne. Et quoi de plus fascinant que de comprendre quelles sonorités Mozart avait imaginées lorsqu’il a composé ses quatre concertos ?

En tant qu’enseignant, qu’est-ce qui vous tient le plus à cœur dans la relation avec vos élèves ?

L’enseignement est un compagnonnage, un accompagnement. Grâce à la mise en place de petites routines techniques et d’un mode de jeu sain, l’objectif est de donner à l’élève les outils nécessaires pour découvrir sa propre voix/voie et la façon dont il souhaite l’exprimer. Une relation de confiance avec l’élève et ses parents, est essentielle dans ce processus.

Y a-t-il un moment vécu en classe ou en répétition qui vous a particulièrement touché ou faire sourire ?

Récemment, lors d’une répétition d’orchestre, le travail d’un passage d’une œuvre du XXe siècle donnait l’impression que le compositeur (connu et reconnu, mais que je ne nommerai pas) avait couché sur le papier des notes discordantes totalement au hasard. L’hilarité de quelques-uns a rapidement fait place, par contagion, à un fou rire général, si bien que plus personne n’était plus capable de jouer pendant plusieurs minutes…

Si vous deviez donner un conseil à un ou une jeune qui début le cor aujourd’hui, lequel serait-ce ?

Profite de cet espace d’expression qui t’appartient ! En apprenant la musique, tu découvres également une école de vie : persévérance, régularité, recherche de la beauté, et, au bout de l’effort et du temps investi, un résultat tangible que tu peux partager lors d’un concert.

Avez-vous récemment découvert un livre, un film ou une œuvre qui vous a marqué ?

La lecture du livre de Gisèle Pelicot, « Et la joie de vivre », m’a particulièrement touché, par son authenticité et son humanité.

Et, pour terminer, souhaiteriez-vous partager quels sont les trois titres de votre playlist du moment ?

Pour l’émotion : Finale de la Symphonie N°9 de Gustav Mahler, dirigée par Claudio Abbado à la tête de l’Orchestre du Festival de Lucerne
Pour la douceur : « Desafinado » de Stan Getz et João Gilberto
Pour le sourire : « Lovely Day » de Bill Withers

Enseignant de cor

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