Rencontre avec Thierry Besançon

Musicien, professeur de solfège et culture musicale, chef d’orchestre

Comment a débuté votre parcours musical ? 

Mes premières notes sont sorties d’une trompette mais ma carrière internationale a mal commencé : un jour avant ma première apparition publique, mes dents de lait sont tombées et je n’ai pas réussi à sortir un son. Une première expérience assez désastreuse, vous en conviendrez. Mais la suite s’est avérée meilleure.

Quel lien avez-vous avec le Conservatoire de Lausanne ?

Un lien très fort car j’y ai passé presque toute ma vie. J’y ai obtenu une virtuosité en percussion, un diplôme de branches théoriques et un diplôme de direction d’orchestre. Après avoir enseigné quelques années dans diverses écoles de musiques, la vie, comme par un fait exprès, m’a ramené au Conservatoire. C’est une grande fierté pour moi de faire partie de cette institution à laquelle je crois fermement et que j’aime profondément. 

Quels aspects pédagogiques essayez-vous de mettre en place dans vos cours au Conservatoire ? 

Depuis quelques années, nous essayons de lier fortement l’activité de l’orchestre du conservatoire à celle des cours théoriques. Le fait de diriger l’orchestre et, parallèlement, d’étudier les œuvres avec les élèves de théorie est un moteur incroyable, tant pour eux que pour moi. C’est le moyen idéal pour tisser des liens entre théorie et pratique. Le solfège prend alors tout son sens : il devient un outil vivant qui permet de mieux lire, entendre, comprendre et interpréter la musique. Tous les élèves (tant ceux qui jouent que ceux qui viennent écouter) approfondissent leur compréhension de l’œuvre, développent leur écoute et affinent leur manière d’appréhender la musique dans son ensemble. Il y a aussi une forte dimension humaine qui entre en jeu. Pour l’instant le concept ne touche que les grands élèves mais j’espère un jour pouvoir l’étendre à tous les niveaux, même aux plus petits.

Avez-vous un moment vécu avec vos élèves qui vous a particulièrement ému ?

En tant qu’enseignant, je suis particulièrement touché lorsqu’un ancien élève revient quelques années plus tard, et me dit à quel point il a aimé mes cours ou à quel point j’ai pu ouvrir son esprit à la musique. C’est pour moi la plus belle des récompenses. En tant que chef d’orchestre, je suis souvent bouleversé par l’énergie phénoménale qu’offrent les jeunes lors des répétitions. Vous devriez sentir ce flot de vitalité déferler sur vous, c’est indescriptible, on en ressort énergisé pour le restant de la semaine ! C’est vraiment une émotion très puissante.

Quelle rencontre ou quelle expérience vous a particulièrement marqué tout au long de votre parcours ?

Allez savoir par quels miracles, j’ai eu plusieurs fois l’opportunité de rencontrer et même de collaborer avec mes idoles. Durant toute mon adolescence, j’ai été fasciné par l’art de la colorature et je vouais un véritable culte à la soprano américaine June Anderson (que je trouvais aussi belle que talentueuse). Et voilà qu’un beau jour, June me rend visite chez moi pour préparer un concert dont j’allais être l’arrangeur ! Nous avons fait de la musique ensemble tout l’après-midi, ce fut un moment… surréaliste !

Lorsque vous ne faites pas de musique, qu’est-ce qui vous ressource ?

J’habite un petit chalet, perdu dans la montagne. Durant l’hiver, la mer de brouillard s’installe juste en dessous du pré et le soleil brille, j’ai l’impression d’être au paradis. Dans cette atmosphère apaisante et silencieuse, je m’adonne à la pratique des ondes Martenot (un instrument qui m’a toujours fasciné) et à ma passion pour le cinéma. 

Si vous deviez emporter 5 enregistrements sur une île déserte, quels seraient-ils ?

C’est un choix bien difficile. Il faudrait des œuvres suffisamment nourrissantes pour tenir une vie. Je dirais en premier lieu, La symphonie des Mille de Mahler et la 5ème Symphonie de Prokofiev (toutes deux dirigées par Lorin Maazel, mon héros). Puis je choisirais également quelques enregistrements dont je serais certain de ne jamais me lasser comme Les grands airs de Verdi chantés par Katia Ricciarelli (une leçon infinie de musicalité), la bande-originale de L’étrange Noël de Mr Jack (écrite par Danny Elfman, le compositeur actuel le plus doué et inspirant) et la bande-originale du premier film S.O.S Fantômes (composée par Elmer Bernstein et qui représente pour moi la « bible » du parfait compositeur). Et j’en prends encore un sixième : Robinson Crusoë, de l’extraordinaire Offenbach !  

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