Rencontre avec Valentina Rebaudo

Responsable du département de la théorie, initiation musicale et éveil musical et professeure de clarinette au Conservatoire de Lausanne

Bonjour, pouvez-vous vous présenter brièvement et décrire votre fonction de responsable de département au Conservatoire ?

Je m’appelle Valentina Rebaudo. Mon activité se situe  à la croisée de la pratique instrumentale, de la pédagogie et de l’accompagnement des enfants dans leurs premiers contacts avec la musique. J’ai été nommée au Conservatoire de Lausanne en 2015, dans le domaine de l’initiation musicale. En 2018, j’ai repris les cours parents-enfants Le Jardin des chansons, puis, en 2021, j’ai repris également les cours destinés aux tout-petits : Premiers pas en musique pour les enfants de 12 à 24 mois et Graines de musiciens pour les enfants de 24 à 36 mois.
Depuis 2023, je suis également responsable du département de la théorie, initiation musicale et éveil musical et j'enseigne aussi la clarinette depuis l'an passé.

Quel a été votre parcours professionnel et musical ?

J’ai grandi en Italie tout près de la France. C’est donc en France, à Menton, que j’ai commencé mes études musicales et la clarinette, au conservatoire, avec mon premier professeur, Jean-Louis Dedieu. Clarinettiste à l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, il m’a très tôt ouvert les portes d’un univers musical extraordinaire. J’ai  grandi dans les coulisses des plus belles salles de la Principauté de Monaco. Pour une enfant, c’était un monde absolument fascinant. J’ai ainsi eu la chance de côtoyer et de travailler pendant plusieurs années avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo et de découvrir, très jeune, le travail de chefs exceptionnels. À l’adolescence, j’ai intégré le Conservatoire national de région de Nice, dans la classe de Michel Lethiec, qui m’a lui aussi énormément accompagnée dans ma construction, aussi bien musicalement qu’humainement. Puis, en 2009, j’ai été admise à la Haute École de Musique de Lausanne, dans la classe de Frédéric Rapin, où j'ai obtenu deux Masters et postgrade.
Parallèlement à mon parcours de musicienne, j’ai toujours été profondément intéressée et fascinée par la pédagogie. Je me suis donc assez rapidement spécialisée dans la pédagogie musicale de l’enfant, et plus particulièrement dans l’accompagnement des tout-petits. Cette envie de transmettre m’a également conduite, pendant plusieurs années, à partir en mission sur le terrain, dans des régions parfois très isolées, difficiles d’accès, voire marquées par la violence ou la guerre. Aller à la rencontre des enfants, leur faire découvrir la musique et les accompagner dans leur développement artistique avait pour moi une résonance toute particulière : je souhaitais, à mon tour, leur offrir un peu de ce que la musique et les rencontres avec mes propres enseignants m’avaient apporté.

Un souvenir ou un moment musical qui a particulièrement marqué votre parcours ?

Le 18 décembre 1998. J’avais dix ans et, pour la première fois, j’intégrais les Solistes de Monaco, dirigés par mon premier professeur, Jean-Louis Dedieu. Nous étions au Sporting Club de Monaco, à l’occasion du gala de la Formule 1. C’était ma première année de clarinette. Jean-Louis avait spécialement réalisé des arrangements pour que je puisse intégrer l'ensemble. Je me suis donc retrouvée sur cette scène immense entourée de musiciens que j’admirais. Nous avons commencé le concert par la Première Danse hongroise de Brahms, et, soudain, la scène s’est mise à avancer toute seule… directement vers le public ! Sur le moment, je ne mesurais évidemment pas la chance que j’avais. C’est avec le recul que j’ai compris à quel point cette enfance musicale était exceptionnelle et combien ces expériences ont contribué à construire mon identité.

Une passion ou un loisir en dehors du travail ?

Le volley, une passion qui m’accompagne depuis que je suis toute petite. J’ai toujours aimé ce sport et j’ai continué à le pratiquer au fil des ans. J’aime particulièrement son énergie et le dépassement de soi qu'il implique. Et je suis aussi passionnée de pâtisserie ! J’adore faire des gâteaux, expérimenter, créer… et surtout les proposer à mes enfants !

Une expérience professionnelle dont vous gardez un souvenir particulier ?

Depuis un an, je suis directrice  artistique du Festival du Bois qui Chante, à Château-d’Œx. C’était pour moi une sorte de rêve de petite fille que j’avais laissé dans un tiroir.  J’ai vécu une première édition absolument incroyable.  Je ne suis ni sur scène ni pédagogue : je suis au service d’un projet, des artistes et du public. Cette expérience me permet de voir la musique autrement, tout en restant profondément au service de celle-ci. C’est une expérience professionnelle fantastique, qui me permet de découvrir la musique sous un autre angle.

Qu’appréciez-vous particulièrement dans votre rôle au Conservatoire de Lausanne ?

Pour moi, le Conservatoire est une maison qui m’a accueillie, dès le départ, avec énormément de bienveillance et de confiance. L’institution a cru en ce que je savais faire, en mes capacités, mais aussi en mes envies et en mes projets. Et je n’ai jamais eu envie de décevoir cette confiance. J’apprécie particulièrement le respect immense que le Conservatoire porte à la musique, avec une véritable exigence et un profond respect pour cet art. Il y a aussi un très grand respect pour l’enfance et pour la pédagogie, ainsi qu’une conscience très forte de leurs enjeux. Ce qui me touche également, c’est que cette mission est véritablement partagée par tous : la direction, les enseignants, les élèves et les parents. Chacun, à sa manière, participe à cette même volonté de faire vivre la musique et de permettre aux enfants de grandir avec elle.

Pour finir sur une note musicale, pourriez-vous partager trois titres qui accompagnent votre saison actuelle ?

Le premier serait Gitanerias d’Ernesto Lecuona, dans sa version pour orchestre, que je trouve absolument incroyable : un concentré d'énergie, une vraie pépite. Il y aurait aussi La Moldau de Smetana, l’une des plus belles œuvres pour orchestre que j’ai eu la chance de jouer. Enfin, je choisirais Colchiques dans les prés, dans une version que j’ai moi-même arrangée pour piano. Nous l’utilisons dans les cours pour les bébés de 12 mois : les parents bercent leur enfant dans leurs bras au son de cette musique, jusqu’à ce qu’il retrouve son calme. Parfois même, certains s’endorment… et puis c’est aussi une musique très liée à cette saison, ce qui en fait une jolie façon de terminer cette playlist.

Valentina Rebaudo, responsable du département de la théorie, initiation musicale et éveil musical et professeure de clarinette au Conservatoire de Lausanne

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